31 mai 2007
Concours de textes
Voici quelques années, j’avais lancé un concours de textes, dont le règlement était simple : caser un maximum de titres de films dans une histoire. Peu de réponses reçues, mais la qualité est au rendez-vous.
Voici ce qui m’a été envoyé.
Vous souhaitez rajouter votre contribution, vous pouvez la poster directement sur le forum (http://www.defunes.net/forum/viewtopic.php?t=3276) ou me l’envoyer par email.
(Chaque contribution est sur une page séparée)
Un gendarme à Paris
Louis n’avait pas Six heures à perdre aussi ne manqua-t-il pas de renvoyer Le Roi du Bla-Bla-Bla qui lui cassait les pieds avec son histoire de Grande Vadrouille, une sorte de Croisière pour l’inconnu !
Ce type qu’il connaissait à peine lui avait assuré avoir été le Millionnaire d’un jour pouvant - oui, il avait eu Rendez-vous avec la chance - le sortir de sa modeste condition en lui proposant de travailler dans une Agence matrimoniale dont il était désormais le propriétaire.
Louis, ce jour-là, avait d’autres chats à fouetter que d’écouter les fadaises de ce bonhomme dont les propos ressemblaient à un mauvais Poisson d’avril car il avait rendez-vous à La Rose rouge, un cabaret lui offrant l’occasion d’y montrer ses talents de pianiste. Louis n’avait ni La Folie des grandeurs ni Les dents longues, il en avait tout simplement assez d’être Le Corniaud de service, Le Dindon de la farce auquel on fait des promesses jamais tenues. Combien de petits métiers avait-il exercé ? Il ne savait plus. Il ne mangeait pas souvent à sa faim ce qui avait le don d’agacer La Reine Margot -c’est ainsi qu’il appelait son épouse - multipliant chaque jour davantage les Scènes de ménage. Cette fois, l’emploi proposé semblait sérieux. C’en était peut-être fini des Tourments !
Arrivé devant le cabaret situé dans La rue sans loi, il poussa la lourde porte de l’entrée des artistes. Il n’en menait pas large. Dans le couloir, il croisa une jeune fille Légère et court vêtue. Elle ne lui prêta d’abord aucune attention puis elle lui cria :” Les Hommes ne pensent qu’à ça !” avant de disparaître par l’Escalier de service. Etonné, Louis ne sut comment interpréter ce propos ignorant que dans ce cabaret nombreuses sont Les Intrigantes. Poursuivant son chemin, il arriva dans une grande pièce sombre. Le patron l’attendait bien calé dans son fauteuil Napoléon. Ce dernier invita Louis à lui montrer comment il jouait. Ses mains jonglant avec les blanches et les noires, il avait choisi une rengaine à la mode, Mon pote le gitan. Il s’appliquait ne songeant à rien d’autre qu’à décrocher cet emploi pour améliorer son ordinaire et à pouvoir enfin mener La vie à deux avec La Belle américaine, autre surnom plus affectueux qu’il donnait à son épouse. Au terme de sa prestation, le patron du cabaret lui annonça qu’il gagnerait dix francs par soirée s’il savait se montrer aussi discret que talentueux. “Faites-moi confiance…” se contenta de répondre Louis.
Ainsi pendant plusieurs mois, Louis arrivait à 22 heures pour remplir sa mission jusqu’à trois heures du matin. Dans ce Huis clos enfumé où il remarqua rapidement que Les Pépées font la loi, que Les Impures sont légion, il paraissait heureux en même temps qu’il fermait les yeux et surtout les oreilles pour ne pas entendre les propos douteux qu’un certain Bibi Fricotin échangeait avec Monsieur Taxi, le cerbère du lieu, au sujet de La Fugue de Monsieur Perle, un proxénète du quartier. Louis se contentait de jouer tel un Capitaine Pantoufle rêvant d’une maison à la campagne où il regarderait Le Blé en herbe pousser. Cela était trop beau pour durer.
Un soir, une bagarre éclata dans le cabaret. Le commissaire Knock décida d’embarquer le patron accusé d’être le chef de La Bande à papa ! Pour Louis après Bonjour, sourire, ce fut de nouveau bonjour, tristesse et la recherche d’un nouvel emploi. Plus question du projet de faire des Bébés à gogo, La loi des rues où comme chacun sait Le Crime ne paie pas, lui avait réservé un mauvais tour. Avec lui, les flics avaient joué Les Grands seigneurs le laissant en dehors de cette sale histoire baptisée par les journaux: L’Affaire Blaireau.
Il n’empêche que chez lui, il se fit copieusement recevoir par Madame pestant de devoir, une nouvelle fois être obligée de manger Des Pissenlits par la racine et qu’il ne serait plus question de choisir entre L’Aile ou la cuisse du sacro-saint poulet du samedi midi. De nouveau, c’était La Zizanie chez les de Funès où La Soupe aux choux faisait désormais office de menu quotidien. Il paraît que Certains l’aiment froide, pour Louis c’était bien maigre, bien plus maigre que ce que mangeaient les Moineaux de Paris. Hélas, Louis était malchanceux, il n’était pas parmi Les Veinards retrouvant rapidement un bon boulot.
Plus tard, beaucoup plus tard, Louis parvînt à obtenir un emploi dans la gendarmerie. Il abandonna le piano pour distribuer des contraventions à tour de bras. Il devint l’Homme orchestre de la brigade de Saint-Tropez traquant les moindres Carambolages. Il lui arrivait encore de songer à ses années de galère mais en bon philosophe il se résonnait se disant que La Vie et un jeu et assurait sa chère et tendre, qu’on jour ils arriveraient bien à avoir assez d’argent pour réaliser leur rêve. A faire Le voyage en Amérique dont ils parlaient depuis si longtemps. Ce serait alors Les Grandes vacances où ils s’amuseraient à être Les Bons vivants, où ce serait “Elle et moi”, où il ne serait plus question de se dire “Pas de week-end pour notre amour”, où Ni vu ni connu comme partis ….Sans laisser d’adresse, ils embarqueraient sur Le Tatoué, un paquebot pour milliardaires…. ! Seulement voilà, désormais Ils Etaient cinq avec les trois enfants et pour cela il fallait beaucoup d’argent. Ils continuaient d’en manquer. Louis et sa femme n’allèrent jamais aux Etats-Unis. Le seul grand voyage qu’ils purent s’offrir fut La Traversée de Paris pendant trois semaines à bord d’un bus à impériale conduit par L’Impossible Monsieur Pipelet n’ayant de cesse de faire Pouic-Pouic sur son klaxon.
Jean-Marc Loubier